Santé civile et armées : se préparer ensemble aux crises majeures
La guerre en Ukraine a changé la donne. En Europe, la question n’est plus de savoir si les systèmes de santé doivent se préparer à un conflit armé majeur, mais comment. En France, cette prise de conscience se traduit par un rapprochement inédit entre le monde civil et les armées.
L’hypothèse d’engagement majeur (HEM), scénario dans lequel les forces armées seraient déployées à l’Est dans le cadre d’une coalition, n’est plus réservée aux cercles stratégiques. Elle irrigue désormais la planification sanitaire nationale. Un tel conflit fragiliserait les chaînes d’approvisionnement en produits de santé, saturerait les hôpitaux et exigerait une capacité d’évacuation et de prise en charge massive, des zones de combat jusqu’au territoire français.
Face à ces enjeux, le Service de santé des armées (SSA) et la Direction générale de la santé (DGS) ont signé en octobre 2025 une charte commune de préparation à l’HEM. L’objectif est de garantir la résilience de l’offre de soins nationale afin de soutenir l’effort militaire. Car le SSA, aussi reconnu soit-il, ne représente qu’1 % du paysage sanitaire français. Sans le système civil, point de réponse crédible…
Ce dialogue n’est pas nouveau (un protocole tripartite Armées/Santé/Budget existe depuis 2017) mais il s’est considérablement intensifié depuis la crise du Covid-19, qui a démontré qu’une crise sanitaire produit des effets bien au-delà de la sphère médicale.
Sur la scène internationale, Paris porte cette vision civilo-militaire au sein des instances de l’Alliance atlantique. Depuis début 2026, la France pilote la Critical Medical Initiative – Medical Logistics (CMI MEDLOG), une initiative otanienne visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en produits de santé entre nations alliées et à renforcer l’interopérabilité civilo-militaire à toutes les échelles.
Pour les acteurs du secteur civil, qu’il s’agisse des établissements hospitaliers, des industriels de santé, des professionnels libéraux, cette dynamique n’est pas abstraite. Elle dessine un horizon où la continuité des soins en temps de crise deviendra un critère de souveraineté nationale. Se préparer ensemble, aujourd’hui, c’est garantir que demain, quelle que soit la nature de la menace, la France sera en mesure de soigner les siens.
Chez AleVia, nous veillons à dialoguer avec les acteurs en lien avec le Service de Santé des Armées, notamment par le biais des anciens auditeurs en intelligence économique de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale. Vous voulez en savoir plus ? Prenez rendez-vous avec Nicole Tortello Duban.
Sources : Ministère des Armées / Service de santé des armées, 2026